Rentrer chez soi, à l’autre bout du monde

Faire une mission au Népal, comme ce fut le cas en mai cette année, c’est un peu comme rentrer chez soi. Ce sentiment familier renaît dans un regard, un sourire, ou les rires d’enfants dont on reconnaît les visages. On retrouve ces bénéficiaires aux histoires uniques, et l’on replonge dans ce patchwork de cultures et d’ethnies entre plaine du Teraï et montagnes himalayennes.

Le Népal émerveille par sa beauté : vallées suspendues, forêts de rhododendrons, sommets enneigés. Mais derrière cette splendeur se cache une réalité plus rude : routes impraticables, poussière omniprésente, glissements de terrain, trajets interrompus par un amas de pierres ou un chantier improvisé.

Un pays de contrastes, où la beauté se mêle à l’adversité, et où chaque rencontre devient une leçon d’humilité.

Une mission au rythme de la dignité et de la résilience

Après une heure de vol intérieur, j’atterris à Surkhet, au cœur du Mid-West népalais. Accueillie chaleureusement par notre partenaire de longue date, Navjyoti Center, je retrouve une équipe engagée, ancrée dans les réalités du terrain et attentive à chaque détail. Très vite, nous prenons la route vers le village de Parseni, où se déroule l’un de nos projets les plus prometteurs : la fourniture d’eau potable à grande échelle.

Sur ce chantier encore en cours, le réservoir est désormais achevé et les conduites d’eau commencent à dessiner le réseau qui alimentera l’ensemble du village. D’ici à peine deux mois, 573 foyers auront enfin accès à une eau propre et sûre. C’est un soulagement immense pour cette région régulièrement frappée par les sécheresses à répétition et les effets du changement climatique. L’eau ne représente pas seulement une ressource vitale : elle incarne aussi l’espoir, la résilience et la dignité retrouvée.

Le lendemain, je revisite l’un des camps de la communauté Raute, installée temporairement dans le district de Surkhet. Les Rautes sont le dernier groupe nomade du Népal, et leur mode de vie traditionnel reste profondément vulnérable. Pourtant, malgré les défis persistants, je constate des évolutions très encourageantes : l’accès à l’assainissement et à l’hygiène s’est considérablement amélioré, les femmes Raute sont mieux accompagnées dans leurs rôles parentaux, et la mortalité infantile a nettement reculé.

Les enfants Raute participent avec enthousiasme à des séances d’éducation informelle, surtout lorsqu’ils peuvent interagir avec des tablettes numériques grâce à l’application Magrid, qui rend l’apprentissage à la fois ludique et accessible à tous. Une belle illustration de ce que peut permettre un soutien respectueux et adapté aux réalités culturelles : des progrès visibles, même dans les contextes les plus isolés.

Je poursuis ma mission dans le district voisin de Kalikot, à l’école Chinari Aadharbhut de Kadachakra. Dans cette classe d’éducation préscolaire, l’impact du projet Aadhar, mené avec notre partenaire SOSEC Nepal, se ressent dès l’entrée : les coins lecture, jeux et apprentissage sont mieux organisés, les enseignants formés, et les jeunes enfants disposent désormais de matériels adaptés à leur âge.

Bien que les défis en matière d’éducation restent importants dans cette région isolée, les premières fondations d’un environnement scolaire stimulant sont là. L’éducation de qualité commence dès les premières années. Ensemble, nous la rendons possible.

À Jumla, prochaine étape de la mission, un nouveau projet de défense des droits de l’enfant vient d’être lancé avec SOSEC Nepal. Dans cette région montagneuse et isolée, des femmes et des enfants prennent la parole pour dénoncer les mariages précoces, le travail des enfants, la pratique du Chhaupadi et les violences liées au système des castes.

Par le théâtre de rue, les chants engagés et les échanges communautaires, ils transmettent des messages forts de dignité, d’espoir et de changement, prouvant que la transformation naît de l’intérieur, lorsqu’elle est accompagnée avec respect.

Après l’annulation de notre vol de Surkhet à Katmandou en raison du mauvais temps — une réalité fréquente dans les régions montagneuses du Népal —, nous avons eu la chance de pouvoir repartir le lendemain depuis Nepalgunj, à quelques heures de route.

La suite du périple, cette fois-ci accompagnée de ma collègue Tamara, nous mène dans la vallée de Katmandou, et plus précisément à Bhaktapur, où nous visitons une école gouvernementale soutenue par notre programme mis en œuvre par le partenaire CWAD. Ici, nous accompagnons des enfants marginalisés dans leur parcours scolaire, en leur fournissant du matériel éducatif de base — livres, uniformes, sacs, crayons.

La majorité de ces enfants viennent de familles rurales. Leurs parents les ont envoyés vivre chez des oncles ou tantes en ville, dans l’espoir qu’ils puissent bénéficier d’un enseignement de meilleure qualité. Leur résilience, malgré les ruptures familiales et les conditions souvent précaires, force le respect.

Toujours à Bhaktapur, nous rencontrons ensuite les membres d’un groupe de femmes dynamiques, qui ont lancé une petite activité de catering. Grâce à leur détermination et leur esprit d’initiative, elles préparent et vendent des plats traditionnels lors de festivals ou d’événements communautaires. Pour soutenir leur démarche, nous leur avons remis du matériel de cuisine, afin qu’elles puissent améliorer la qualité et l’efficacité de leur production.

Pour clôturer cette mission, nous nous rendons dans la municipalité rurale de Bethanchowk, durement frappée par des glissements de terrain et des inondations l’année dernière. C’est une région que je connais bien, que j’ai souvent visitée — mais cette fois-ci, je peine à la reconnaître.

Les routes ne sont encore que provisoires, les traces du désastre toujours visibles : amas de pierres, maisons effondrées, d’autres encore fragilisées, perchées sur des versants instables et menacées de s’écrouler à la prochaine mousson.

La rencontre avec les femmes de notre coopérative locale est profondément bouleversante. L’émotion est palpable. Toutes sont reconnaissantes d’être encore en vie, mais leurs visages portent encore la mémoire de jours d’une extrême violence — la peur, les pertes, l’incertitude.

Et pourtant, ce qui m’a le plus frappée, c’est leur résilience. Elles se battent chaque jour pour reconstruire, pour revivre, pour retrouver un semblant de normalité. Mais la peur ne les quitte pas. Le spectre d’une nouvelle catastrophe pèse sur elles, comme un nuage qui ne s’éloigne jamais vraiment.

Nous avons également visité avec notre partenaire ARD plusieurs écoles soutenues dans le cadre de notre aide d’urgence : certaines ont été rénovées, d’autres équipées en matériel scolaire, et des purificateurs d’eau ont été installés pour garantir un minimum de sécurité sanitaire. Dans les salles de classe, au milieu des enfants, un souffle d’espoir renaît doucement — fragile, mais bien réel.

Là où tout prend sens

Chaque mission au Népal me touche profondément. Aucune ne me laisse indifférente. Sur chaque sentier, dans chaque école, au détour d’un regard ou d’un témoignage, je retrouve la force tranquille des communautés que nous accompagnons. Et je retrouve aussi, à chaque fois, la motivation et l’énergie de poursuivre cette mission si essentielle.

Voir les résultats concrets de notre engagement, même dans les coins les plus reculés du pays, donne tout son sens à notre action. Les retours que nous recevons — sincères, positifs, souvent bouleversants — témoignent de l’impact réel de notre travail commun.

Cet impact, nous ne le construisons pas seuls. Chaque don, chaque heure de bénévolat, chaque geste de solidarité contribue à ces avancées visibles : un enfant qui apprend, une femme qui entreprend, une famille qui retrouve l’eau, une école qui rouvre.

Alors merci à toutes celles et ceux qui nous soutiennent. Continuons ensemble. Car tant qu’il restera des chemins à ouvrir, des voix à écouter et des liens à tisser, notre mission aura un sens.

Fin septembre, c’est en Inde que je continuerai cette mission, entourée de bénévoles et de membres de notre équipe, pour écouter et soutenir d’autres voix souvent oubliées.